Archives de l’auteur : Dominique HENROT

Produire et partager autrement les richesses

En cette période où la question du pouvoir d’achat taraude le quotidien des ménages modestes, au-delà même des gilets jaunes, il est bon de rappeler ce qu’une étude d’un institut d’études économiques, l’Observatoire français des conjonctures économiques, d’octobre 2015 et consacrée aux prélèvements obligatoires sur les entreprises et les ménages nous indiquait alors.

Elle révélait qu’en 2016 les mesures adoptées par les gouvernements de François Hollande feraient revenir le taux de prélèvement sur les entreprises « à 16,4 % du PIB, soit un niveau inférieur à celui d’avant la crise de 2008 », alors que celui sur les ménages « atteindrait un plus haut historique en 2016, à 28,2 % du PIB ». Elle ajoutait qu’en 2017, différentes autres dispositions en faveur du capital devraient conduire à réduire la fiscalité des entreprises d’environ 10 milliards d’euros, amenant le taux de prélèvement sur les entreprises « à un plus bas historique depuis le début des années 2000 ». Avec l’installation à l’Élysée d’un chargé d’affaires du capital financier, la dérive s’est accentuée. Emmanuel Macron entend baisser progressivement le taux de l’impôt sur les sociétés de 33 à 25 % ; il institue un taux réduit de prélèvement sur les dividendes ; supprime l’impôt sur la fortune pour les plus hauts ­patrimoines financiers et professionnels ; veut transformer le crédit d’impôt compétitivité emploi de François Hollande en une baisse pérenne de cotisations sociales des entreprises, un cadeau d’environ 40 milliards d’euros.

On peut avec ces décisions deviner que son véritable objectif est de désengager le patronat et les riches de toute contribution au système de protection sociale que le peuple français s’est donné et de transférer son financement sur la CSG, soit sur un impôt payé pour l’essentiel par les salariés. À l’opposé de cette démarche ruineuse pour l’économie, dangereuse pour les conditions de vie et la sécurité d’existence des travailleurs et de leur famille, des retraités, des chômeurs et précaires, il faut renforcer les liens du financement de notre modèle social avec le système de production de richesses à l’entreprise, rétablir les cotisations dites patronales en accroissant leur efficacité, notamment en instituant un nouveau dispositif qui conduirait à taxer davantage les entreprises qui spéculent, sont gérées avec le seul souci d’augmenter les profits en sacrifiant l’emploi et les salaires. L’on doit réduire le coût du capital, taxer le patrimoine et les revenus des riches pour augmenter la part de la production de richesses revenant à ceux qui vivent de leur travail.

Pierre IVORRA

L’HUMANITE

Mercredi, 12 Décembre, 2018

De tout le pays monte la colère populaire contre l’injustice sociale et fiscale.

De tout le pays monte la colère populaire

                                                                                 contre l’injustice sociale et fiscale.

 

Qu’ils portent des gilets jaunes, des blouses blanches ou des robes noires, des millions de femmes et d’hommes n’acceptent plus le sort qui leur est fait.

Ils le disent haut et fort : « Trop, c’est trop !

On ne peut continuer à vivre avec des salaires de misère, des pensions sans cesse rognées, des allocations sacrifiées sur l’autel de l’austérité. »

Nous sommes des leurs !

Ce gouvernement au service de la finance a multiplié les cadeaux fiscaux à une poignée d’ultra riches. De l’autre, il aggrave les difficultés et la précarité pour les salariés, les privés d’emplois, les jeunes, les retraités. Les femmes en sont les premières victimes.

Nous disons que la transition écologique, vitale à l’heure où l’humanité est menacée de terribles catastrophes, ne peut être menée à bien sans progrès social et sans changer notre modèle économique.

Avec les femmes et les hommes mobilisés dans les rues, dans les entreprises, dans les quartiers, nous voulons une économie au service de l’humain. Il faut une autre utilisation de l’argent pour produire autrement, pour partager les richesses créées par le travail.

L’heure est à la conquête de nouveaux pouvoirs, de l’entreprise à la République, jusqu’à l’Union européenne.

Il faut cesser de culpabiliser la majorité de notre peuple. Pour que chacune et chacun puisse vivre dignement, il y a besoin d’augmenter les salaires, les pensions, les minima sociaux. Il y a besoin de services publics réhabilités (école, écologie, recherche, système de santé, culture, accessibles à toutes et tous), d’investissements massifs dans les transports collectifs, la rénovation énergétique des logements.

 

Macron, champion de la poudre de perlimpinpin et du jeu de bonneteau !

 

Gros efforts de mise en scène, vocabulaire choisi pour faire plus « peuple », mais le fond est creux. Après le discours du Président de la République force est de constater que celui-ci n’a pas pris la vrai mesure de la crise sociale et politique qui touche notre pays. Un exercice de style visant davantage à essayer de récupérer l’opinion publique. Maniant le bâton et la carotte pour les « gilets jaunes » dont il espère que la « radicalisation », attendue après cette « pseudo » prise en compte des attentes du peuple de France, provoquera une rupture dans le soutien que ce dernier apporte aux gilets jaunes. Stratégie dangereuse et qui pourrait à tout moment produire l’effet inverse de celui attendu.

Cependant, la lutte des Gilets Jaunes,  dont de longue date le mouvement social organisé a préparé le terrain (Code du Travail, SNCF, Retraites, Hôpital Public, EHPADS..), remporte ainsi quelques succès dont il faut féliciter les artisans dont la détermination doit être objet de respect.

Mascarade à propos du SMIC, miettes pour les retraités, appel à la prime de Noel éhonté aux chefs d’entreprises dont tout un chacun sait que les PME et TPE ne pourrons pas l’assurer, sortie du placard de la défiscalisation des heures supplémentaires, etc… le nouveau monde ressemble quand même beaucoup à l’ancien avec les mêmes méthodes, les mêmes recettes qui permettent de ne jamais s’attaquer au fond du problème et notamment aux profits honteux des ultra riches et des multinationales. A aucun moment le Président propose d’améliorer les services publics, de rendre la fiscalité plus juste, de lutter efficacement contre l’évasion et la fraude fiscale.

Supprimer le CICE aux entreprises qui ne l’utilisent que pour améliorer les dividendes, rétablir l’ISF dont on voit bien que la suppression n’a en rien boosté l’économie de ce pays, prélever à la source les profits des multinationales; voilà des décisions qui auraient pu apaiser la colère des français.  Et oui, c’est de plus de justice sociale, de plus de justice fiscale que les français ont un besoin vital aujourd’hui; pas de cautère sur une jambe de bois. Ce n’est pas le choix qui a été fait. Macron a préféré tenté de diviser quitte à produire le chaos.

Le mouvement des gilets jaunes va donc vraisemblablement se poursuivre, probablement se durcir avec des excès dans les actes comme dans les propos. On peut le regretter mais la surdité et l’aveuglement du Président de la République lui font porter l’entière responsabilité de cette situation.

Maintenant, partout dans le pays doivent monter les expressions écrites des doléances de toute nature : le pouvoir a cherché à gagner du temps ; nos compatriotes ne laisseront pas faire ; le PCF sera au premier rang de l’expression populaire pour faire murir les solutions alternatives qu’appelle une crise politique et sociale inédite.

 

MANIF CHEMINOTS A CANNES

Deux ou 300 personnes étaient rassemblées ce jour devant la gare de Cannes à l’invitation de l’intersyndicale des cheminots en grève. Grévistes, mais aussi retraités de la SNCF, de la fonction publique, représentants du PCF local, dans une ambiance bon enfant, ont partagé un pique nique devant la gare dont la recette revient à la caisse de solidarité des grévistes. Puis du haut des marches au tapis rouge (de la gare) les manifestants ont assisté à une saynète où « Macroléon » se félicitait du succès de ses réformes et de sa méthode par ordonnances, laissant entendre que ce n’était pas fini et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, sous les huées de la foule. Enfin les manifestants se sont donnée rendez-vous devant les marches du palais, ce que les forces de l’ordre se sont employées à empêcher. Cependant quelques uns y sont parvenus et ont déployé une banderole proposant de faire dérailler Macron avant de se disperser dans le calme.(voir nos photos jointes et sur notre blog). De nombreux journalistes français et étrangers étaient présents pour couvrir l’événement.

« Malheureux les pays qui ont besoin de héros

 

Le ministre de l’intérieur est devenu un problème sérieux pour la République. En effet, en quelques jours Gérard Collomb a violé au moins deux principes de base de la légalité républicaine : le fait que seul l’État doit être dépositaire des pouvoirs de police et le droit des citoyens et citoyennes de ce pays à manifester en toute quiétude.

Ainsi, pour la 1ère fois depuis août 1944 et la sinistre milice de Joseph Darnand, on a vu en toute impunité un groupe para militaire d’extrême droite paradé en gardes frontières à grands renforts d’hélicoptères et de 4×4 de luxe, cela en s’arrogeant le droit d’arrêter des gens. La tolérance coupable du gouvernement vis-à-vis de l’existence et des agissements de cette milice d’hommes en bleu est d’autant plus grave lorsqu’on la met en regard de la répression qui s’abat sur les citoyens et les organisations qui font œuvre de solidarité en vers les migrants. Quel crédit porter aux paroles de Macron lorsqu’il critique les autorités hongroises au nom des droits humains alors que lui-même et son ministre de l’intérieur laissent agir une milice d’extrême droite sur les frontières de notre République ?
Puis, non content de laisser les « identitaires » faire la police aux frontières, Gérard Collomb s’est employé à saboter méthodiquement la manifestation du 1er mai à Paris, en laissant tranquillement la rue pendant plus d’une heure à quelques centaines d’encagoulés en noir.
Résultat, dans les médias, on ne parla donc que de vitrines brisées, de magasins incendiés, de mobiliers urbains saccagés, pas un mot sur les plus de 50.000 manifestant·e·s, sur les revendications et les luttes des cheminots, des personnels d’Air-France, des étudiants, des hospitaliers, des salarié·e·s Carrefour, des sans-papiers… pas une ligne, ni une image sur les très nombreux cortèges en province. Avec au passage une « héroïsation » malsaine et complaisante de la figure du « black bloc » assimilé à un « combattant anti capitaliste » (sic) en opposition aux « cortèges syndicaux, avec femmes, enfants, vieillards » qualifiés de manière méprisante de ringards, représentants de l’ancien monde, d’inutiles…. « Malheureux les pays qui ont besoin de héros » pour reprendre la citation de Bertolt Brecht, mise dans la bouche de Galilée.
Comme l’a demandé le groupe communiste au Sénat, il serait salutaire que les agissements du ministre de l’intérieur fassent l’objet d’une enquête parlementaire.
Mais, ne nous y trompons pas, Gérard Collomb n’agit pas en franc tireur, son action s’inscrit dans le concept de « démocratie limitée » qu’essaie d’imposer à notre pays Emmanuel Macron avec sa réforme constitutionnelle. Or le sens du combat des communistes, à l’ordre du jour du Congrès du PCF, est justement celui d’une démocratie politique et sociale étendue, fondée sur le principe de l’humain d’abord. Une démocratie qui ne s’arrête pas aux portes des banques et des entreprises et qui n’est pas limitée par les intérêts du capital.

Yann Le Pollotec, responsable de la commission transparence du congrès du PCF