ET MËME LES TROUS NOIRS PEUVENT MOURIR ( III)


Réflexions sur les élections des Etats Unis d’Amérique

Olivier GEBURHER 14 novembre 2020
A peine les lignes qui précédent étaient-elles écrites que , comme l’indique une chanson d’un grand acteur chanteur à la face sombre , Patrick Bruel , le temps bouscule mon clavier ; rendre compte supposerait que chacune de mes phrases contienne tout le spectre des contradictions qui se font jour dans le tumulte en tentant d’y déceler une dominante ; tâche impossible . Au moment où, en France, on assiste avec stupeur au déroulé continu de la geste gaullienne ce qui peut peut-être s’interpréter par le fait que les médias mainstream n’ont pas ajusté leur dispositif et cherchent à gagner du temps, aux Etats Unis d’Amérique, pas une demi seconde n’est perdue. Peut-être mes lectrices et lecteurs éventuels en sont-elles -ils, convaincues (s) mais je tiens à l’écrire : la pièce est jouée, la messe est dite.
On parlera ici des possibles et des certitudes.
Auparavant, pour n’y pas revenir, quelques remarques sur le PROGRAMME DEMOCRATE
1) Le point de départ de l’agenda est évidemment la question CLIMATIQUE. Le premier geste de Joe Biden est l’annonce du retour aux Accords de Paris et c’est tout sauf insignifiant si on ajoute la projection d’une économie DECARBONNEE à l’horizon 2050. Il serait carrément stupide de prendre cet engagement à la légère. Nos étonnants écologistes apparaissent doublement ridicules ; d’une part, les roulements de tambour sur le France exemplaire au plan de la lutte contre le changement climatique comportait jusque-là un soupçon d’absurde : si le pays le plus engagé dans la pollution frénétique avait dû poursuivre, on demande ce que l’effet d’un pays comme la France eût pu signifier et on ne sache pas que nos brillantes têtes d’affiche aient à aucun moment montré du doigt cet aspect minuscule. Ajoutons pour faire bon poids qu’à aucun moment il n’a été question de réduire la part du nucléaire en fermant des centrales ; par contre l’impulsion donnée aux énergies renouvelables sera, à n’en pas douter considérable ; là encore les comparaisons sont ineptes ; l’éolien artisanal est en fonction aux Etats Unis depuis des décennies ; il alimente fermes et ranchs dans des territoires où le vent sans être constant est suffisamment régulier. L’implantation de parcs éoliens de très grande taille est prévisible et a un sens (sans chercher plus loin, la zone des grands lacs s’y prête à merveille et ne suppose aucune comparaison) . Pour le solaire c’est plus complexe et on n’en dira rien ici : il est d’ailleurs aussi certain que l’envol de ce secteur alimente le discours présidentiel sur des emplois nombreux, de haute qualification et bien payés. En tout cas, la question énergétique aux Etats Unis méritera d’être suivie de près.
2) Ensuite et « concomitamment » comme dirait l’autre, il y a la question de la pandémie. On peut discuter de l’impact sur le scrutin du « traitement » trumpiste …l’intérêt en est de mon point de vue assez médiocre. En revanche il est certain que la chose n’attend pas et à peine le résultat connu elle est prise à bras le corps : il est même certain qu’avant la réunion d’une cellule de crise l’équipe Biden qui avait déjà conscience du problème n’en mesurait pas l’ampleur ; « les Etats Unis comptent pour 4% de la population mondiale et compte 20% des victimes mondiales » s’écrie le nouveau Président horrifié. Je pense que sans aller plus loin avec une telle « réussite », rendre les Etats Unis d’Amérique « respectables « pour ne pas dire respectés ce qui est une toute autre affaire …semble du domaine de la billevesée. Donc on s’attaque à l’affaire et « concomitamment » il y a les sons de trompe de Pfyzer donc, comme déjà mentionné la BigPharma . Beaucoup d’inconnues subsistent à ce sujet et il m’est arrivé de penser que l’arrivée d’un vaccin tenait de l’absurde , mais à vrai dire , inconnues ou pas , une chose est sure : d’une part la « course » , aussi monstrueusement débile qu’elle soit au « premier « dans ce domaine est là, et d’autre part l’enjeu pour les Etats Unis est si immense qu’on ne voit pas la possibilité que les milliards de $ investis conduisent en fait à une catastrophe ( le vaccin en question une fois sa période d’immunité épuisée laissant la place soudain à une reprise virale immensément plus dangereuse ) .La pandémie sera l’occasion pour une part significative de l’industrie Nord-Américaine d’un renouveau d’une rare puissance comme le capital nord-américain sait le faire quand sont en jeu ses intérêts vitaux . A cela s’ajoute en contrepoint mais en principe indissociable, la réforme envisagée de l’Assurance maladie ; on pointe déjà ses limites qui sont grandes en effet puisque Joe Biden ne reviendrait pas complétement à la Réforme Obama déjà très limitée mais enfin bouder même si le pas est très timide n’est pas de saison pour des millions de citoyennes et citoyens qui à ce stade n’ont rien, vraiment rien et renoncent aux soins quels qu’ils soient comme on sait. Là aussi, rendre les Etats Unis d’Amérique « respectables » est un programme …..Réintégration dans l’OMS est aussi un signe intéressant .
3) Passer le SMIC de 6 ( SIX ! ) $ de l’heure à 15$ peut seulement faire écarquiller les yeux aux macroniste les plus invétérés et quelques autre à gauche pour qui la question du SMIC est taboue. Il se trouve que cela fait partie du programme Démocrate et comme le souligne le NYT avec un haussement d’épaules c’est déjà le cas en Floride sous Trump ; c’est dire que ladite mesure est « absorbable » mais elle n’est pas encore réalité en dépit de son caractère « limité » …..
4) S’ajoute enfin, bien que cette Liste ne soit que le sommet de l’iceberg , une réforme fiscale contenant quelques accents pikettistes sur lesquels je ne m’étends pas .
« Limités » et « à peine progressistes » ces aspects eurent de quoi CONTRIBUER à produire le mouvement populaire majoritaire dont nous avons été témoins. Mon penchant naturel m’eût sans doute poussé à écrire que « tout de même en France , on est capable de bien mieux « mais à voir le spectacle de la gauche actuelle , je serais tenté de la boucler et de devenir franchement très désagréable vis-à-vis de chacune de ses composantes même si de façon évidemment différenciée .
On ne peut pas conclure ce passage sans mentionner le fait que dès la réunion des comités présidentiels au travail, le bilan catastrophique de la période Trump dépasse toute imagination.
Il faut maintenant dire un mot de ce qui se passe chez l’âne et l’éléphant avant d’attaquer les nœuds gordiens des questions internationales.
Au sein du parti de l’Âne ( Démocrate ) on voit s’agiter toute la camarilla des caciques clintoniens et autres qui eussent voulu simplement du trumpisme sans Trump ; ceux-là sont indécrottables , n’ont rien compris et rien appris ; ils ont évidemment leurs analogues en France. Leur brou -ha -ha couvre sans doute bien d’autres bruissements : en particulier je ne sais pas interpréter le silence apparent actuel de Bernie Sanders lequel, hypothèse optimiste, se laisse un peu de temps avant de parler d’une façon qui ne soit pas pour ne rien dire …..
Du côté de l’Eléphant on a en superficie un incendie identique ; les partisans du trumpisme supposent Trump et pas un succédané d’ailleurs marqué par le sceau diabolique du « socialisme » . Ce courant dont je ne mésestime ni la force résiduelle ni l’extraordinaire capacité de nuisance a d’ores et déjà perdu la partie ; l’autre courant constitué n’est pas celui de « la droite raisonnable » contrairement à une image chérie par nos puissants intellectuels de gauche ; ce courant est au travail pour trouver comment miner de l’intérieur les velléités de Joe Biden. Les miner et les pourrir : ce n’est pas du Parti de l’Ane que viendra la pédagogie du renoncement mais de celui de l’Eléphant. Cette stratégie-là, viable en théorie, s’affronte à deux difficultés majeures ; la première est qu’elle s’inscrit dans le TEMPS et celui-ci est compté : comme l’a souligné K Harris qu’il faut prendre au sérieux, la bataille pour le Sénat est engagée. Elle PEUT déjà être amorcée victorieusement en Géorgie où les jeux ne sont pas faits (et de nouveaux articles indiquent à quel point le parti de l’Eléphant craint d’y perdre la majorité au point d’exiger la suspension du scrutin sénatorial ! Sans succès). La seconde difficulté réside dans la force de l’aspiration populaire avec laquelle il faut décidément compter. On comprendra qu’on ne se hasardera pas ici à faire des pronostics. La Porte est ouverte, les possibles nombreux et considérables. On me dira sans doute » mais que fais-tu de la crise systémique ?» Mais si on en est au stade que « de tout côté mon mal est infini », quel besoin y a-t-il d’en disserter savamment ? La crise systémique et son moment paroxystique sont justement écrits – maladroitement et artisanalement – dans ce qui précède et ce qui va suivre .
LES POSSIBLES
Ils sont nombreux et significatifs ; la Ligne Biden s’affirme en ce moment même et on en détaille des aspects essentiels dans LES CERTITUDES mais il faut d’amblée noter deux angles morts spectaculaires : le premier concerne ce que la doctrine Monroe qui n’a pas changé fondamentalement, considère comme l’ « arrière-cour » à savoir L’Amérique Latine à nouveau EN TRANSES ; d’une part il y a les puissants mouvements démocratiques au Chili , en Bolivie , ….qui montrent assez que la politique importée du grand voisin est en échec ; l’élection du ticket Démocrate est d’évidence une aide indirecte même si on imagine que la nouvelle équipe ne voit pas les choses avec les yeux de Chiméne mais en tout cas cela éloigne les possibilités de la politique du Gros Bâton ; de ce fait au Brésil les conséquences ne sont pas moindres et a priori Bolsonaro n’en est pas renforcé c’est le moins qu’on puisse dire ; on en dira un peu plus, plus loin .D’autre part la crise au Proche Orient sur laquelle la nouvelle équipe pour le moment est muette, il y a là une prudence compréhensible à défaut d’être saluée ; la politique israélienne quoi qu’en vocifère Nétanyahou ne sort pas renforcée de cette élection d’autant que une majorité , à ce qu’on sache de citoyennes et citoyens nord-américains Juifs ont voté pour la nouvelle équipe , s’étant depuis des mois distanciée du trumpisme , ayant aussi pris des distances notables et profondes avec la politique israélienne actuelle ; en même temps l’Ambassade des Etats Unis ne sera pas retirée de Jérusalem ce qui est certainement préoccupant mais qui ne préjuge pas de la suite d’autant que le courant Sanders avait fait lors des primaires des interventions qui pèseront de façon ou d’autre ; à ce sujet , un point notable doit mentionner que l’équipe nouvelle au travail dès à présent comporte des collaborateurs directs de Bernie Sanders ; rien de tout cela n’est gravé dans le marbre mais refuser de voir ici aussi qu’une Porte , certes seulement entrebâillée est ouverte , n’est pas faire montre de lucidité politique .
LES CERTITUDES
Malheureusement c’est dans la question des affaires mondiales que le legs TRUMP est le plus visible dans les orientations de la nouvelle équipe ; elle va s’engager avec la plus grande vigueur dans une confrontation de divers type avec la Russie d’une part , la Chine de l’autre . Les premières indications montrent que même s’il est question de reprendre des « relations » avec la Russie et en particulier le renouvellement des accords Salt que Trump avait unilatéralement retiré les Etats Unis , ce qui est avant tout recherché est l’aggravation de contradictions entre la Russie et la Chine , cette dernière étant vraiment désignée comme l’ennemi .
Sans doute aucun de ces Etats ne constitue de près ou de loin des exemples de « démocratie » quelle qu’en soit la figure mais dénoncer leurs principaux dirigeants comme des dictateurs , ce qui , à certains égards , n’est pas loin de la vérité , est difficilement compatible avec le soutien , celui-ci armé et disposant de moyens considérables en Amérique Latine et en particulier au Brésil . Cette contradiction n’est surement pas la moindre des difficultés. Il est par ailleurs évident que ce prétexte n’est pas destiné à soutenir des élans démocratiques dans l’un quelconque de ces Etats ; ce qui leur est reproché en fait n’a rien à voir avec leur caractère peu démocratique au plan institutionnel. Le reproche majeur, la tare inexpiable est qu’ils ne se rangent décidément pas aux canons et exigences du capital nord- américain. Ces deux grand Etats mènent à ce jour une politique différenciée dans laquelle la puissance étatique assure parfois de façon dévoyée l’intérêt national. Les Etats Unis enragent de voir qu’il n’est pas indispensable d’adopter le « made in US » pour devenir une puissance mondiale de premier rang et cela vaut davantage pour la Chine que pour la Russie qui , on peut suivre Jean Radvanyi à cet égard est devenue et demeure un Etat faible , une puissance de second ordre .
Et à ce sujet il faut se défaire d’une idée qu’on voit exprimée en toutes lettres ;les Etats Unis cherchent et chercheront la confrontation avec la Chine y compris avec des démonstrations militaires quant » à faire la guerre à la Chine » c’est là une absurdité . Ils n’en ont ni les moyens ni la volonté.
Comment interpréter incidemment ce qui vient de se produire dans le conflit du Haut Karabakh ? Il y a là une troublante coïncidence avec le résultat , d’ailleurs boudé par Poutine ce qui , tout en étant dans la meilleure tradition « soviétique » constitue ce qu’on appelle usuellement une faute : tout se passe comme si – diraient les physiciens -, en forçant un tel « accord » et en le verrouillant militairement , la Russie cherchait par avance à renforcer des liens complexes avec la Turquie d’Erdogan dont nul ne sait ce que va être la position de la nouvelle équipe à cet égard mais dont on peut prévoir qu’elle tentera de la lier davantage à l’OTAN , qui , rassurons Macron , ne sera pas longtemps un » objet mort » . Erdogan étant largement imprévisible, un Trump turc porté à se vendre au plus offrant, il y a là un sujet de sérieuse préoccupation ; cette Pax Putinesca n’est pas la Paix .
On ne peut éviter ici de souligner la volonté exprimée de revenir à l’accord sur le nucléaire iranien : c’est un choix stratégique significatif mais encore pavé de telles incertitudes qu’il semble prématuré de l’analyser ; il est plus que probable que ce choix vise au moins autant à faire barrage à la Russie qu’à réintégrer « la scène internationale » ……
Arrivant au terme temporaire de cette « étude » où manquent des dimensions évidentes et où le manque est partiellement dû au choix délibéré de l’auteur et d’autres à sa limitation intellectuelle , il me reste à rappeler que si l’objectif de la nouvelle équipe est de rendre les Etats Unis à nouveau respectés , cela ne va pas être une mince affaire : la tension extrême entretenue par l’Equipe Trump montre que nous avons vécu une séquence aux immenses enjeux et cette même tension de type « Fort Alamo » renforcera sas aucun doute la volonté populaire d’en finir avec cet épisode , volonté dont tout a dépendu et dont tout dépendra à l’avenir et si la gauche en France pouvait apporter sa contribution en inaugurant un nouveau chemin , nul doute que plus qu’aucun commentaire , a fortiori un brin dédaigneux et complaisant serait apprécié .Je doute qu’à ce stade ce soit à l’ordre du jour mais comme on l’a vu ici , le pire n’est jamais sûr .

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