ET MËME LES TROUS NOIRS PEUVENT MOURIR ( II)


Réflexions sur les élections des Etats Unis d’Amérique

Olivier GEBURHER 11 novembre 2020
Je poursuis ici les réflexions figurant en partie I ; depuis deux éléments nouveaux sont venus s’ajouter ; d’une part les commentaires de l’Humanité , spécialement de Christophe Deroubaix que je partage à des nuances près qu’on découvrira ; d’autre part, un ami me fait part d’objections relatives au vote par correspondance ; ne voulant pas être dévié du sujet principal je rejette mes commentaires à cet égard en Note
3)Le Vote et ses caractéristiques
On a pu dire globalement que c’était un vote « Ville » Versus « Campagne » ; sans avoir accès aux cartes détaillées on peut admettre ce principe avec une observation ; au centre des Etats Unis les territoires sont très peu peuplés avec d’immenses propriétés ( ranchs ) et de toutes petites agglomérations et dans celles-ci le temps semble s’être arrêté au siècle dernier en tout cas ; le système électoral fait que à l’évidence les Etats « monocolores » sont en fait Bicolores partout avec une dominante ; cette dominante peut être extrêmement concentrée dans les grandes métropoles où l’information circule , où la connexion internet est la règle ce qui n’est absolument pas le cas dans les petites agglomérations . Ceci est aussi un facteur explicatif mais il faut entrer dans les détails.
Il est profondément inexact de dire que le vote démocrate est d’abord un vote anti Trump ; même en admettant que le programme Biden était très limité , il contient néanmoins des engagements significatifs DE GAUCHE et de plus on ne voit pas pourquoi le raisonnement en serait pas parfaitement symétrique : Le Vote Trump pourrait être déclaré aussi bien vote Anti Biden : il est par ailleurs clair que ces DEUX motivations symétriques ont joué leur rôle mais y réduire le scrutin est une falsification .
a) D’une part, on le verra, le programme Démocrate n’est pas insignifiant ; il l’est, vu depuis la lunette d’un observateur de gauche EN FRANCE.
b) Avant le scrutin , d’éminents observateurs politiques Français notaient que le problème pour Biden serait dans ce qu’on appelle la Rust Belt , la ceinture de la rouille dans les Etats du Nord Est où l’industrie a été saccagée et où on peut voir encore des villes fantômes et les désastres des politiques antérieures : du chômage de masse on passe à la pauvreté , à l’endettement , à l’éclatement familial , à la maladie , l’absence de soins etc… Ces mêmes observateurs se réjouissaient sous cape de penser que le programme « vert » de Biden créerait un antagonisme irréductible vis-à-vis d’une classe ouvrière martyrisée et fragilisé ; il n’en a rien été comme on l’a vu. Les mêmes observateurs se ravisèrent après les résultats et conclurent que ceux-ci étaient dues aux promesses mensongères de D Trump. Evidemment ce rappel est exact ; D Trump promit la relocalisation d’industries dans ces Etats saccagés mais au bout de 4 ans , on ne vit rien venir et cela ne se pardonna pas .Le phénomène mérite qu’on s’y arrête ; il faut noter avant tout que ces Etats retrouvent une majorité Démocrate PLUS IMPORTANTE que les pertes occasionnées par le basculement Trump des années antérieures ; Comment expliquer la première bascule , c’est-à-dire le vote Trump aux précédentes élections présidentielles : il semble que les choses soient simples ; d’une part le glissement du parti Démocrate avait provoqué désertion et dégoût ; et d’AUTRE PART , Trump joua a fond son image de Businessman , et beaucoup d’ouvriers très qualifiés s’y laissèrent prendre . UNE FOIS. Dans un pays où le syndicalisme de classe est INEXISTANT il devrait être noté comme remarquable un retournement POLITIQUE de cette nature ; il n’y a pas de mystère ici : l’ombre portée de la campagne Sanders a réveillé un sens de classe latent et ce même facteur colore qu’on le veuille ou non la campagne démocrate, et selon moi, l’effet Sanders n’est pas achevé. Il est rarissime que je sois d’accord avec un politicard aussi véreux que D Cohn Bendit mais je dois dire qu’il répliqua de bonne façon à l’ignoble Luc Ferry à ce sujet qui prétendait comme il est de règle à l’extrême droite française que la classe ouvrière Nord-Américaine votait Trump. C’est FAUX.
c) On l’a déjà noté, le Ticket Biden – Harris est tout sauf insignifiant et n’est en rien un remake des époques antérieures. Mais encore faut il y insister pour la suite ; en dépit des projections lues dans l’Humanité d’aujourd’hui , le vote des Sénateurs en Géorgie qui aura lieu dans deux mois peut arracher le Sénat à la Majorité Trump : le parti Démocrate y comporte des militantes de tout premier ordre et d’une extraordinaire combativité ce qui est encore totalement nouveau ; mais surtout il y a la déclaration stupéfiante de Kamala Harris lorsque la victoire était proche ; elle donna rendez-vous dans deux ans pour PROLONGER le vote actuel ; ce positionnement de combat est lui aussi très significatif ; la bataille ne fait que commencer . Cela n’a rien en commun avec le scénario 1981 en France .Je m’empresse d’ajouter que ce même positionnement de la Vice-Présidente n’en fait pas une révolutionnaire cachée ni même une supporter de Sanders mais ses déclarations montrent pour le moment une détermination très compréhensible , lucide et qui situe le combat politique sur la durée : le parti Démocrate joue là son avenir et étant donné la mobilisation actuelle il semble raisonnable de penser que cette attitude prévaudra au sein du Parti Démocrate ; l’échec n’est donc à ce stade nullement fatal
d) Examinons le Vote Trump :
Les observateurs politiques les plus lucides en France lui attribuent un socle de 20 à 30% de son score actuel , lequel est évidemment beaucoup trop élevé à mon goût ; alors le reste ? Plutôt que faire de la « sociologie » politique très sujette à caution, il paraît inévitable d’insister sur une autre donnée. Que tout l’« électorat » trumpiste soit empoisonné à un degré ou un autre par le racisme , la peur du déclassement , le nationalisme le plus imbécile est hors de doute ; néanmoins ce n’est pas ce sur quoi je veux insister .La désintégration de l’URSS , catastrophe prévisible et non inévitable eut une étrange conséquence ! le capitalisme était nu . Une génération avait suffi pour lui conférer un visage sans cesse plus hideux , ses tares plus apparentes et plus insupportables : cela finit par donner des audaces au sein du parti Démocrate impensables auparavant dont Bernie Sanders est l’expression la plus achevée mais du même coup les forces les plus agressives , les plus violentes du capital réalisèrent soudain qu’il n’était plus possible de souder autour du « combat sacré » contre la Grand Satan et que l’Iran ne pouvait en tenir lieu ; ni même les épouvantables mesures anti islam . L’ennemi était dorénavant INTERIEUR ; il n’était pas l’appendice de Moscou aux Etats Unis ; c’était pire. L’ennemi avait droit de cité au sein du Parti Démocrate lui-même. C’est là et nulle part ailleurs qu’il faut chercher l’extension du vote Trump au-delà de son noyau. L’idée de basculer vers le « socialisme » épouvante toute une série de citoyennes et de citoyens nord- américains, de segments de couches sociales plus ou moins victimes d’une crise dont ils ne comprennent pas les ressorts et ce n’est nullement le Goulag qu’ils craignent mais simplement que l’ETAT leur prenne soudain le peu qu’ils ont. L’ETAT pour ces masses désemparées est profondément haï, détesté et ce sentiment cultivé à droite depuis la Guerre de Sécession fait partie profondément du mythe « pionnier », de la « Nouvelle Frontière » , etc … C’est là aussi que réside l’opposition Ville Campagne ; SI, je dis bien SI, le Parti Démocrate s’appuie résolument sur ce qui naît et le Bébé est en pleine forme , le Vote Trump de cette élection quelles que soient les péripéties ultérieures sera un baroud d’honneur .
La Troisième partie évoquera d’autre dimensions de ce moment exceptionnel
Reste pour cette seconde partie à revenir au Vote par correspondance : les modalités de ce vote sont toutes de nature dissuasive ; vote parfaitement légal au demeurant mais destiné à n’être utilisé qu’à la marge . La Poste elle -même, agence semi publique avait elle-même prévenu ses utilisateurs potentiels du risque de voir leur vote perdu ou invalidé ; Trump eût aimé l’interdire carrément. Ajoutons qu’aux Etats Unis le scrutin Présidentiel auquel s’ajoute une foultitude d’autres cases, a lieu un jour qui n’EST PAS CHÔME !!! De ce fait des dizaines de millions de salarié(es)sont dissuadés de voter sauf arrangements avec leur entreprise ce qui est loin d’être la règle : je maintiens intégralement mon propos ; aux Etats Unis le vote par correspondance n’est en aucune façon une INCITATION bien au contraire : la classe dirigeante l’avait prévu pour garantir le plein des voix des personnes jugées aptes au discernement. Aux Etats Unis et ce depuis la constitution de l’Etat , le VOTE est ELITAIRE ce qui remplace le vote CENSITAIRE : le fait que l’intention initiale ait été détournée et transfigurée par le Vote populaire en dit long sur l’état de mobilisation POLITIQUE à gauche On ne s’étonnera pas de voir la classe dirigeante en France rechigner à l’établissement de ce vote pour des raisons symétriques de celles d’Outre Atlantique : les scrutins en France ont lieu un jour férié et de ce fait un absent n’a pas d’excuse sauf procuration ; une large abstention populaire fait partie sinon de l’objectif recherché en tout cas d’une situation dont on peut tranquillement s’accommoder et j’ajoute que rendre le vote obligatoire n’y changerait rien .Sans doute y aurait-il place ici pour un développement sur une abstention populaire recors aux Municipales ce qui est nouveau mais ceci sera pour une autre fois , le mystère à cet égard n’est pas bien grand .

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