ET MËME LES TROUS NOIRS PEUVENT MOURIR ( I)


Réflexions sur les élections des Etats Unis d’Amérique

Olivier GEBURHER 9 novembre 2020
Après 4 jours ( et des morceaux de nuit )passés compulsivement sur les différentes chaines de télévision de notre pays , mon clavier me demanda de déposer quelques réflexions sur l’événement de dimension mondiale qu’on vient de vivre presqu’en Live. On ne prétendra pas tout couvrir et ce qui suit est l’exclusive responsabilité de l’auteur.
Introduction : Il me fallut avoir le cœur bien accroché pendant deux jours pour entendre à l’envi une véritable horde de commentateurs qui, tous n’avaient d’yeux et d’oreilles que pour Trump ; le résultat, qui n’est pas final, acquis, on en trouva qui s’offusquèrent du fait que des responsables de grands réseaux Télévisés Nord-Américains avaient pu OSER couper la parole présidentielle ; il est vrai qu’en matière de déontologie nos propres médias peuvent donner des leçons au monde entier ! L’idée seule que leur héros pouvait être battu leur était insupportable ; ces commentateurs pour ne rien perdre firent venir à qui mieux mieux les représentants de la droite et de l’extrême droite française comme nord-américaine ; ce furent des moments à vomir. Ils illustrent l’état de nos médias ; au sein de ce concert dégradant on entendit néanmoins quelques voix sensées, y compris des représentants du Parti Démocrate en France dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils furent dignes de bout en bout.
Le phénomène, évènement à portée mondiale qui vient de se produire comporte trop d’entrées pour que je me sente capable de les ordonner par importance et c’est pourquoi je ne ferais qu’une liste d’items comme ils me viennent au fil du clavier .
1) Le Mouvement populaire ;
On a là en vraie grandeur la manifestation de ce qu’est un mouvement populaire majoritaire. Il a lieu aux Etats Unis d’Amérique, ce qui impose de prendre la mesure de ses singularités qui ne permettent pas de transposition. Il est d’abord évident, et on n’y reviendra pas que cet épisode n’a pas pour effet de sortir du capitalisme et j’ajoute qu’il ne s’en est jamais donné l’objectif. Si c’est pour nous en tenir à de pareilles banalités, il vaut mieux faire autre chose. Le système institutionnel Nord-Américain n’offre, dès le départ qu’un choix extrêmement réduit où dans tous les cas, le capitalisme comme tel n’est pas affecté. Une fois cela dit, nous ne sommes pas dans une situation politique déjà connue depuis longtemps. La période Trump a constitué une véritable rupture avec des supposés invariants de la représentation qu’entend donner de lui-même le système nord -américain ; cette rupture concerne tous les aspects de la vie civile et au premier chef donne libre cours à des courants fascisants intégrés pleinement dans les canevas du Parti Républicain ; comme l’a souligné très bien un observateur lucide ( Roland Cayrol ? ) le « trumpisme » c’est la réunification au sein du Parti Républicain de tous les courants de droite , extrême droite comprise et non tenue à la marge . Il ne semble pas que cette donnée ait été bien comprise ou / et intégrée. De ce fait, si on prend en compte cette donnée fondamentale, ce qui s’est produit constitue à lui seul un événement historique. Médiapart et d’autres avec lui qu’on trouve hélas dans les rangs communistes font la moue. Joe Biden n’a PAS été élu sur un fil, on en est très loin ; en fait même ma propre expression est inexacte : c’est un ticket qui a été porté au pouvoir et pas n’importe lequel ; usuellement un vice-président ne compte pas ; comme on a dû s’en rendre compte avec Kamala Harris c’est fondamentalement différent. C’est CE ticket qui a été porté au pouvoir dans un surgissement démocratique considérable. Ce surgissement était en germe avec l’élection de Barack Obama, il se poursuit ici dans des proportions inédites ; tous les observateurs ont noté que la participation électorale rompt d’un coup avec la « tradition » d’une abstention massive recherchée par ailleurs par la classe dominante depuis la création des Etats Unis d’Amérique, et elle rompt avec l’élection d’un Président « à la marge » ; le Ticket Démocrate l’emporte avec un score qui dépasse celui de toute élection antérieure. Si l’on veut bien tenir compte du fait mentionné ci-dessus, à savoir la rupture cataclysmique des 4 années précédentes, si on ajoute le fait que la crise sanitaire a créé des freins potentiels considérables à l’expression du suffrage universel, si on ajoute enfin les freins institutionnels usuels dont la complexité du bulletin de vote est l’exemple le plus notable, il faut considérer l’éviction de D Trump comme un immense succès démocratique. « Eviction de D Trump », n’est ce que cela ? Nous parlerons des éléments programmatiques de l’équipe Démocrate plus loin. Là encore des observateurs pétris d’intentions pures ne voulaient pas regarder dans la Lunette de Galilée puis se réveillèrent avec une gueule de bois.
Jamais auparavant le Parti Démocrate n’a connu pareil enthousiasme populaire, une semblable levée en masse. Il est évident pour tout observateur sérieux que l’influence des idées semées par Bernie Sanders au début des Primaires Démocrates sans en faire l’expression d’un révolutionnaire à l’américaine , mais aussi d’autres forces comme on le verra , au sein du même parti ont contribué de façon déterminante à ce résultat, ce qui était d’ailleurs la ligne politique assumée de Bernie Sanders qui donna là un exemple en matière de lucidité et de profondeur politique .
2)Le Capital
La classe dirigeante Nord- américaine accueillit Trump dans son ensemble avec faveur et la désastreuse campagne d’Hillary Clinton n’était pas de nature à la préoccuper. Elle se gava 4 années durant sans broncher. La classe dirigeante Nord-américaine ne fut d’ailleurs pas seule à tout admettre, tout « excuser » de ce que les médias mainstream considérèrent vite comme un nouvel héros politique, un exemple , une figure d’exception . On laissera Serge July à ses délires.
Au bout de ces 4 années, on fit les comptes. Il y avait eu le cataclysme sanitaire où les propos du Président en exercice commençaient à faire hérisser le poil jusqu’à la City (capitaliste ou pas, protégé ou pas, on préfère en général vivre que mourir, fût-ce dans « les règles »). Il y avait eu les cataclysmes climatiques qui se heurtaient à la Maison Blanche à un mépris hallucinant, et au final les émeutes provoquées par les conséquences de « la Loi et l’Ordre ». Tout cela ensemble conduisit à commencer d’entrevoir que le cash-flow, n’était pas tout. De surcroît , la politique internationale menée par l’Hôte de la Maison Blanche conduisait non seulement à rompre avec des principes établis et ancrés dans la marbre par H Kissinger ( « Diplomacy » 600 pp) mais à créer une instabilité communiquée par ailleurs à toute la société , instabilité pouvant conduire à des désordres financiers peu compatibles avec les constantes du capital ; tout cela n’eut rien été sans la révolte populaire de GAUCHE qui couvait et finit par se manifester comme on l’a vu . A cela s’ajoute et ce n’est pas la moindre donnée, qu’au sein du Département d’Etat qui ne passe pas pour être constitué de révolutionnaires dangereux, on vit apparaître article après article des critiques d’abord voilées puis carrées. (Foreign Affairs). Ces critiques n’étaient évidemment pas inspirées de l’amour du genre humain mais d’une considération qui finit par arriver au- devant de la scène et que le discours de Joe Biden au moment de la proclamation de sa victoire énonça avec la plus grande clarté : Le capitalisme made in USA avait cessé « d’être respecté ». Devant un tel constat, fait en public par un Président Démocrate nouvellement élu et issu du sérail, on ne pouvait que prendre la mesure du désastre. Au-delà de l’enjeu évidemment capital de voir le capitalisme pérenne au plan mondial , il fallait impérativement que l’idée dominante dans le monde relative aux Etats Unis d’Amérique inspire le respect sans lequel on ne pouvait que s’attendre à des catastrophes du POINT DE VUE DU CAPITAL .Il n’existe dans le monde aucun Etat en mesure d’assurer cette fonction en lieu et place des Etats Unis d’Amérique .
Sans cette représentation, le leadership Nord-américain est durablement mis en cause et avec lui l’idée que le capitalisme lui-même est éternel . La conscience du « péril en la demeure » motive la réaction de Wall Street avant même que le résultat de l’élection ne soit rendu public : il y eut une réaction haussière des marchés financiers, ce qui n’échappa pas aux observateurs français les plus lucides et ceux-ci allèrent plus loin en examinant COMMENT la réaction des Marchés Financiers se répartissait ; on observa alors que chutaient les valeurs « classiques » telles que celles liées aux industries extractives et en particulier celles du pétrole ( par parenthèse une étude antérieure avait montré que ces groupes avaient un investissement NUL en matière de recherche extractive décarbonée) , celle des BANQUES devenues très impopulaires sous la mandat du héros de « America First » et d’autres encore ; les valeurs haussières comportaient , on s’en doute , celles qui correspondent au capitalisme vert , à la BIGPHARMA » …… Comme par hasard les valeurs haussières sont celles qui figurent en bonne place dans le programme auquel nos médias mainstream finirent avec un dégoût évident par s’intéresser.
On ne conclura pas de ce qui précède qu’il y ait une sorte de guerre ouverte au sein même des forces du capital mais d’importants conflits d’intérêt et surtout on se gardera de conclure de ce qui précède qu’au fond, au final , la crise systémique du capital serait en quelque sorte derrière nous . Chaque chose en son temps. Dans la seconde partie de cet essai, d’autres dimensions non moins importantes seront scrutées aussi loin que le peuvent les capacités intellectuelles de l’auteur.

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is , le mystère à cet égard n’est pas bien grand .

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