LE MEILLEUR DES MONDES ?

La semaine dernière,  les communistes niçois ont protesté publiquement contre la mise en place « à titre expérimental » de la reconnaissance faciale dans le cadre du carnaval. L’adepte inconditionnel des caméras de vidéosurveillance franchissait à cette occasion une nouvelle étape dans sa course au « bigbrother ». Les communistes niçois ont adressé à Mr ESTROSI quelques lectures édifiantes concernant le monde vers lequel cet individu nous conduit. On aurait pu penser que quelques gardes fous puissent modérer les ardeurs du Maire de Nice. Mais, foin de tout cela celui-ci a informé la CNIL à quelques heures du début de l’expérimentation, espérant probablement un « qui ne dit rien consent » de cette noble institution. Il a même poussé le culot jusqu’à prétendre avoir reçu de la CNIL l’autorisation de pratiquer cette intrusion dans la vie privée de ses concitoyens à l’image de ce qui se pratique couramment en ce moment en Chine.

En réalité, dès le mardi 19 février, la CNIL a donné une autre version des faits et fait part de son scepticisme et de beaucoup de prudence à l’égard de cette expérimentation.

Outre le fait que l’information de l’instance de contrôle ait été effectuée de manière tardive ne permettant pas à celle-ci d’effectuer une analyse précise du dispositif, la CNIL s’interroge sur les modalités de l’expérimentation qui selon  le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Pour mémoire, le RGPD est un règlement européen entré en vigueur depuis mai 2018. Il vise à harmoniser la gouvernance des informations personnelles au sein des pays membres de l’Union Européenne, notamment au niveau de la sécurisation et la protection des données personnelles que possèdent les entreprises. En effet, selon le RGPD l’expérimentation ne peut être qu’un test réalisé sur des personnes consentantes et volontaires. Ce qui ne semble pas être le dispositif mis en place pour le carnaval. Dans ce cadre il semble que le dispositif est plutôt utilisé à des fins de sécurité/prévention, en application non pas du RGPD, mais de la directive « Police/Justice »27/04/16. La directive évoquée fait partie de la Loi informatique et libertés depuis 2016 et établit des règles relatives à « la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les autorités compétentes à des fins de prévention et de détection des infractions pénales, d’enquêtes et de poursuites en la matière ou d’exécution de sanctions pénales, y compris la protection contre les menaces pour la sécurité publique et la prévention de telles menaces », selon la CNIL. L’expérimentation de la ville de Nice suivrait donc cette directive qui est un champ distinct du RGPD. Le consentement des personnes ne peut pas constituer une base juridique pour le traitement des données relatif à cette directive Police/Justice. Pour cela, il faudrait un décret du Conseil d’État ou une loi.

On voit donc que le Maire de Nice, joue avec le feu en mettant en place ce dispositif dans des conditions plus que douteuse quant au respect de la vie privée.

Dans le même temps le Président de la région Mr MUSELIER va mettre lui aussi en place dans deux lycées de la région, dont un niçois, un dispositif de reconnaissance faciale. Ce dispositif est censé pallier au manque criant de personnels de surveillance. Quelle réaction de l’Education Nationale dont la surveillance est le domaine de compétence : SILENCE RADIO. On voit que là aussi les décideurs se passent aisément du consentement des « sujets » de l’expérience. Le Président de région verrait bien tous les lycées équipés de détecteurs de métaux et de dispositif de reconnaissance faciale. Flicage et fichage des élèves et des personnels ! Dans quel but ? Certains pourraient-ils être interdits d’accès en cas de mouvement social ? Pourquoi pas ? Qui pourra l’empêcher ? Voyez ce qui se passe en chine aujourd’hui on s’approche inexorablement du « meilleur des mondes » ou de « big brother » tels que le dépeignaient les auteurs de science-fiction il y a quelques décennies. Le progrès scientifique n’est pas toujours bon pour la liberté et la démocratie. Une réaction populaire est nécessaire pour contrer cette fuite en avant sécuritaire.  

Dominique HENROT

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