David Lisnard, Roi Soleil d’Azur

Pour les vieilles familles cannoises, c’est le gendre idéal. Souriant, cravate ou col roulé et costard noirs, descendant d’un pêcheur cannois du XVe, le maire David Lisnard clame son amour de Cannes. En fait, né à Limoges, étudiant à Bordeaux, collaborateur de maire à Lons-le-Saunier, il n’est revenu du côté du Suquet que pour se faire élire et solder, avec son mentor Brochand, l’ère du corrompu Mouillot.

L’homme se veut moderne, lit San Antonio et Balzac, écoute Mozart et Clash, affiche Nina Hagen et Obama. On vante son écoute. Les parents du collège G. PHILIPE, venus l’an passé défendre leur ZEP, en ont vu les limites. Il les assure de son soutien mais quand ses interlocuteurs lui rappellent les 60 000 enseignants liquidés par la Droite, son sourire se fige.

Car il se revendique patron de l’entreprise Cannes, après le Palais des Festivals où il roda son « management ». Tant pis si 15 000 Cannois pauvres, 3 000 familles mal logées et 6 700 chômeurs constatent qu’on en fait moins pour eux que pour les riches. Ainsi, l’édile ne revendique plus l’objectif de son prédécesseur de combler le retard de la ville en HLM[1]. L’obsession de David ? Les incivilités : crottes, mégots, pipis, encombrants, sont les Goliath à abattre. Mais quand le député Brochand est visé pour incivilité d’évasion fiscale, David se tait.

Et au cas où les Cannois seraient tentés de contester les choix du nouveau porte-flingue de François FILLON, D. Lisnard n’hésite pas à agiter les pires contre-feux, comme son arrêté anti-burkini. L’inventeur du Festival des Plages électroniques nous l’aura donc joué cet été Plages islamiques ! La Toulousaine verbalisée pour un simple foulard n’en est pas revenue. De même, l’insistance anxiogène du Maire sur la sécurité tourne au ridicule. Reçoit-il Fillon à Cannes ? Il lui présente non pas les CANNOIS mais les CAMÉRAS de surveillance !

Car l’homme qui aime Cannes se voit un destin depuis qu’Obama l’a baptisé « Mister Palais’s Président[2] ». On l’imagine fredonnant Clash : « Should I stay Should I go »[3]. David s’en défend. Il n’ira pas aux Législatives. Mais ne se rêve-t-il pas Ministre maralpin, son ami Ciotti s’étant grillé auprès de Fillon. La Révolution ultra-libérale aura donc son MARAT…honien, lui qui en court deux par an et cite Saint-Augustin : « Avance … n’existe que par ta marche »[4].

En attendant, Monsieur le Maire soigne son ouverture. Dans son bureau, il affiche le poème Liberté écrit par Éluard et illustré par Léger, deux grands communistes. Liberté, Égalité, Fraternité : on aimerait que David, roi absolu de Cannes, alias Soleil d’Azur[5], se souvienne que ce ne sont pas que des mots.

[1] Cannes atteint péniblement les 17% quand la loi prévoit 25%.

[2] « Monsieur le Président du Palais » des Festivals.

[3] « Dois-je rester Dois-je partir ? »

[4] D’où son intérêt pour « En Marche » de Macron ?

[5] Soleil d’Azur, nom de l’Hôtel de son grand-père.

Jean Marie LANGOUREAU