LAÏCITÉ

Londres vient d’élire un nouveau maire, c’est un député travailliste, issu d’un quartier populaire de Londres, avocat, ancien chauffeur de bus, féministe, partisan du mariage pour tous et fils d’émigré pakistanais. Peu de gens connaissent Sadiq KHAN (c’est son nom), mais tous savent qu’il est musulman et certains s’en inquiètent. D’ailleurs ses adversaires conservateurs n’ont pas hésité à l’accuser d’être lié à des réseaux d’islamistes extrémistes. On ne s’est pas interrogé sur la religion des deux précédents maires de Londres, considérant peut être que un catholique, un anglican, un juif, un athée ou encore un agnostique, mais pas un musulman avaient assez de retenue pour faire abstraction de leur(ou non) pratique religieuse dans l’exercice de leur mandat. « Cette élection ne s’est pas passée sans polémique, et je suis fier de voir que Londres a choisi aujourd’hui l’espoir plutôt que la peur, l’unité plutôt que la division », a déclaré l’élu travailliste, sous les applaudissements et les acclamations de ses sympathisants, après l’annonce officielle de sa victoire vendredi, avec 57 % des suffrages. « La peur n’améliore pas notre sécurité, elle ne fait que nous affaiblir, et la politique de la peur n’est tout simplement pas la bienvenue dans notre ville », a poursuivi le nouveau maire dans un bref discours.

Le journaliste de Nice Matin qui, dans une édition récente, a écrit une double page sur l’opposition à Cannes, outre une remarque peu fine concernant notre tenue vestimentaire à Claude MEYFFRET et moi-même, a noté que je trouvais le maire de Cannes « un peu trop catho ». La publication le vendredi 6 mai d’un article relatant « l’allégeance » des vieilles familles cannoises accompagnées de David LISNARD aux moines de Saint Honorat vient donc confirmer s’il en était besoin mon propos. Les lois laïques de 1905 devraient s’appliquer strictement à toutes personne en charge d’une fonction publique et à plus forte raison élective. Le maire d’une ville devrait s’appliquer un peu plus de réserve en ce qui concerne la pratique religieuse. Non pas que je reproche à monsieur LISNARD  d’être catholique, c’est son droit le plus strict, mais sa fonction exige un peu plus de discrétion quant à ses pratiques religieuses. Qu’en serait-il s’il était juif ou musulman et qu’il fasse publiquement acte d’allégeance au rabbin ou à l’imam ? A notre époque où le fait religieux est objet de controverse et de polémique un peu de neutralité dans la vie publique d’un élu serait bienvenue.

Dominique HENROT