Archives mensuelles : décembre 2015

LE SCRUTIN RÉGIONAL : retour sur le premier tour pour comprendre.

Beaucoup nous ont fait le reproche de ne pas avoir fait une liste d’union avec le Parti Socialiste dès le premier tour (comme le martelaient et la direction nationale du PS et CASTANER).
Certains considèrent même que nous portons une responsabilité dans la situation au soir du 6 décembre. Les mêmes souvent nous reprochent de n’avoir pas fait de liste d’union au second tour !!

Il est nécessaire d’apporter là quelques précisions.

D’abord au soir du 6 décembre nous étions prêts à faire une liste d’union et cela s’est fait, d’ailleurs, dans la plupart des régions.
Mais la direction parisienne du PS a décidé de retirer sa liste en PACA (après avoir envisagé une fusion avec la droite !!).
Cela a provoqué de sérieux remous au sein du PS régional et il y a même eu une tentative de certains de ses colistiers de « courcircuiter » CASTANER et d’y aller quand même. Jusqu’au mardi soir nous avons cru que cela serait possible : en vain ! Il faut savoir que notre liste ayant réalisé un score entre 5 et 10 % ne pouvait se maintenir au second tour et ne pouvait que fusionner avec une liste ayant fait plus de 10 %.

Nous étions donc dépendants de la volonté du PS quelle que soit notre envie.

Ensuite, il est utile de rappeler que ce n’est pas la première fois que nous nous présentons indépendamment du PS au premier tour de cette élection. Lors de la dernière consultation régionale c’était déjà le cas ; nous avions une liste uniquement FDG et nous avons effectué une fusion technique avec le PS et EELV qui avait (contre toute attente des sondeurs) remporté l’élection.
De plus, nous avons assumés et assumons encore, pour l’essentiel, le bilan de la gestion de la PACA au cours du dernier mandat, même s’il ne nous donnait pas totale satisfaction.

Au soir du 6 décembre, force a été de constater que beaucoup d’électeurs se sont trompés de scrutin, puisque les thèmes récurrents avancés par l’extrême droite, la droite et souvent même le PS avaient trait à la sécurité et l’immigration (fonds de commerce de l’extrême droite) ; alors que ces questions n’ont rien à voir avec la politique régionale (il suffit de revoir le débat télévisé sur FR3 pour s’en convaincre).

Ainsi, les vraies questions liées à la politique régionale ont été, la plupart du temps, occultées par les uns et les autres pour « surfer » sur la vague d’inquiétude et de peur née au lendemain des attentats.

Que pouvions-nous y faire ? Nous étions complètement à contrecourant, et, pour l’électeur lambda, ceux qui répondent le mieux à ce type de préoccupation sont à droite. Et, quand le gouvernement, dans le cadre de l’état d’urgence, reprend à son compte certaines propositions du FN, le pas est vite franchi pour faire confiance à l’original plutôt qu’à la copie. Dans le même temps beaucoup d’électeurs (près de 50%) ont estimé nécessaire de sanctionner le gouvernement socialiste en s’abstenant ce jour-là (marre de la gauche qui fait comme la droite).

Quand, une semaine avant l’élection, Valls annonce qu’il va falloir envisager la fusion avec la droite, ou le retrait, notamment en PACA, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : pourquoi aller voter, alors, si ce vote sera dénaturé ?

L’essor du chômage et de la précarité, la destruction systématisée des dispositifs de solidarité et de redistribution, le creusement sans fin des inégalités couplé à des fractures territoriales génératrices d’oppositions entre populations, la perte de sens engendrée par des régressions démocratiques de toute sorte, le choc en retour des politiques européennes conduites au mépris de la volonté des peuples qui, en désagrégeant l’identité républicaine de la France, ont ouvert une véritable avenue au FN.

Si, dans l’urgence, tout a été mis en œuvre pour empêcher le FN de prendre PACA, ce n’est pas en diluant « la gauche » dans un front républicain qui l’allierait avec une droite de plus en plus contaminée par les thématiques lepénistes( voir le nombre de transfuges de LR vers UMP et inversement) que l’on arrêtera cette spirale fatale.
C’est d’abord en permettant à ladite gauche de redevenir une force porteuse d’égalité et d’avancées démocratiques.

Réinventer une gauche d’espoir!

Les résultats du second tour des élections régionales sont marqués par le sursaut de mobilisation des électrices et des électeurs, avec près de 9 % de participation supplémentaire. Manifestement, les votants ont ressenti comme un grave danger pour la démocratie, l’élection du Front national à la présidence de la région. Ils ont empêché cette menace de se concrétiser.
Le Parti communiste, qui avait appelé à battre le FN dès dimanche soir, s’en félicite.
Cependant la mobilisation des abstentionnistes entre les deux tours, le score réalisé par Estrosi et l’issue du scrutin dans le Grand Est, où le candidat socialiste s’est maintenu contre l’avis parisien, pourrait laisser penser que le retrait de Castaner n’était peut-être pas aussi nécessaire qu’on a bien voulu nous le faire croire.

La défaite de Marion Maréchal Le Pen, comme celle de marine Le Pen et du reste de la famille, seront un atout dans la bataille à venir pour faire reculer les idées du Front national dans le pays. Car le danger persiste et rien ne doit faire oublier la gravité de ce qui vient de se passer : le score atteint par le FN est dramatique et alarmant, partout un très grand nombre de conseillers régionaux du Front national sont élus: 42 sur 123 en PACA il n’y a plus de conseillers régionaux de gauche pour les combattre et soutenir les politiques publiques en faveur des besoins des gens!

La droite remporte sept des treize grandes régions, soit un peu moins que ne le laissaient craindre les résultats du premier tour, mais toutes sont des conquêtes puisque la gauche gérait toutes ces régions à l’exception de l’Alsace dans le Grand Est. Dans ces régions s’annoncent des reculs pour les services publics, les politiques sociales, d’éducation et de culture, la vie des associations.
Le Medef et la finance ont maintenant de nouveaux alliés dans ces régions, alors que c’est là qu’il faudrait mobiliser les richesses et les moyens publics pour lutter contre le chômage et la précarité. De nombreux combats s’annoncent dans lesquels les communistes entendent se mettre au service des populations et d’une République solidaire et fraternelle.

Cependant, pour le Front de Gauche, pour le PCF il s’agit d’un revers électoral important.

Ces deux tours d’élections régionales vont devoir être analysés en profondeur. Mais il est clair que la situation nouvelle n’est pas favorable au monde du travail. La responsabilité des politiques menées par François Hollande et Manuel Valls et leurs gouvernements est très lourde dans ce désastre. L’impasse économique, sociale, politique et démocratique dans laquelle ils ont enfoncé le pays se paie très cher. Poursuivre dans cette voie serait aller vers de nouveaux désastres et marquerait un grave mépris pour le message adressé par les électeurs. Il est urgent de sortir de l’austérité et des dogmes du libéralisme.

Ces résultats ouvrent une nouvelle période politique. Les communistes entendent mener de front le combat contre la droite et l’extrême-droite et la construction d’un nouveau projet progressiste nourrit d’actions prioritaires et de mesures urgentes, pour sortir la gauche et le pays du piège du tripartisme dans lequel ils nous enferment.
Nous n’oublions pas nos résultats insuffisants au premier tour. Nous allons devoir mettre beaucoup de choses à plat pour relancer notre combat.

COP21. L’accord de Paris est adopté. Présenté chaudement par Fabius, il est accueilli froidement par la société civile

Fresque humaine, « ligne rouge » et minute de silence, des milliers de militants écologistes ont marqué à leur manière samedi la fin des négociations contre le réchauffement à Paris, appelant les citoyens à continuer à se mobiliser au quotidien pour la « justice climatique ».
Un accord « juste et durable », « historique », selon Laurent Fabius.
Un texte « insuffisant » , qui « nous conduit dans le mur » selon plusieurs organisations de la société civile… L’accord de Paris vient d’être officiellement adopté par les 195 pays réunis au Bourget. Il n’est cependant pas unanimement salué. Bref tour d’horizon à chaud.

 Vers le 1,5°C ? Un accueil mitigé

Le texte fixe l’objectif de contenir le réchauffement « en deçà de 2°C, et à poursuivre les efforts pour limiter une hausse des températures en s’efforçant de limiter cette augmentation à 1,5°C ». En soit, cet objectif est plus ambitieux que celui initial de limiter le réchauffement à 2°C. Reste qu’il soulève moult interrogations, voire suspicions. Pour ne pas être qu’un simple affichage, il faut que les Etats prennent des mesures conséquentes en termes de réduction de gaz à effet de serre. De même, alors qu’atteindre un tel objectif requiert l’accès à des technologies vertes que les plus pauvres ont du mal à se payer, l’enjeu des soutiens financiers aux pays du sud s’en trouve nettement accentué. Enfin, alors que le GIEC estime que l’on ne pourra limiter le réchauffement à 1,5°C sans user de l’énergie atomique et des techniques – encore mal maîtrisées – de capture et stockage du carbone, beaucoup redoutent que sa mention dans le texte ne serve de prétexte à leur développement. In fine, la « sincérité » des objectifs mis en avant dépend essentiellement des mécanismes proposés pour les atteindre, tant en terme de financements que de renforcement des ambitions. Qu’en est-il ?
Une porte ouverte à la géoingenierie 
Très concrètement, pour réussir à limiter le réchauffement à 2°C – a fortiori à 1,5°C -, le GIEC préconise d’avoir réduit de 40% à 70% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à 2010, et surtout de le faire vite. De même, insiste-t-il sur la nécessité de laisser sous le sol 80% des ressources énergétiques fossiles déjà connues. L’accord ne fait pas mention de ces dernières, et ne retient pas non plus d’objectif chiffré à un horizon quelconque.
Seules perspectives affichées : celle, assez floue, d’atteindre « le pic d’émissions mondiales aussi vite que possible ». Et celle, plutôt trouble, d’assurer un « équilibre entre les émissions anthropique (liées à l’activité humaine, NDLR) et la l’absorption de ces émissions par des puits de gaz à effet de serre » après 2050. En gros, les pays pourront continuer à émettre d’un côté à condition de capter de l’autre. Cette dernière mention s’apparente aux termes notés dans les précédentes versions de « neutralité carbone », « neutralité climatique » ou de « zéro émissions nettes ».
Elle ouvre de fait la porte à ce que beaucoup d’organisations dénoncent comme étant de fausses solutions : la plantation massive de forêts sous forme de monocultures, susceptibles, entre autres, d’entrer en concurrence avec les terres arables; ou encore le recours aux techniques de capture et stockage du carbone dans le sous sol. A noter, par ailleurs, qu’aucun objectif n’est fixé en termes de développement des énergies renouvelables.
Pas d’inventaire des engagements avant 2023
Pour avoir une chance de limiter le réchauffement à moins de 2°C, il faut le faire vite, très vite. Les contributions de réductions de gaz à effet de serre mises sur la table, à ce jour, par 186 états, ne sont en ce sens pas encourageantes : elles ne permettent pas d’envisager un réchauffement de moins de 2,8°C, voir de 3°C. L’un des enjeux de cette conférence était d’accélérer le mouvement, en engageant un processus de révision à la hausse de ces engagements avant 2020, année d’entrée en vigueur de l’accord. Résultat ? La COP21 n’a décidé d’aucun rendez-vous clair avant cette date, estime les organisations (elle envisage un « dialogue facilitateur » en 2018, mais sa mission est floue). L’accord, lui, indique que les pays doivent se retrouver périodiquement pour renforcer leurs engagements. Mais le calendrier, là non plus n’est pas clair : un premier inventaire est prévu en 2023, puis tous les 5 ans, mais le texte laisse la possibilité aux Etats d’en décider autrement. Son lien avec les objectifs de réductions d’émissions, en outre, ne parait pas clair.
Des financements laissés en balance 
Enjeu d’équité, de justice climatique mais aussi de mise en œuvre des ambitions, la question des financements de la lutte contre le réchauffement était au cœur de ces négociations. Là encore, les réponses apportées par la COP21 laissent beaucoup d’ONG, notamment de développement, sur leur faim : certes, il reconnait le besoin de soutenir les pays pauvres, et établit que cette aide devra être d’au moins 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Mais il ne garantit pas que ces financements continueront à croître, et n’avance de fait, aucun montants. Seul décision tangible prise à Paris : celle de définir un nouvel objectif collectif d’ici à 2025. Le fléchage de ces financements ne satisfait pas non plus : alors que les pays du sud revendiquaient que la moitié de l’argent soit consacré aux mesure d’adaptation, ce qui est encore un projet d’accord se contente de parler d’un équilibre à assurer entre financement de l’adaptation et de l’atténuation.
 Marie-Noëlle Bertrand in  Humanité.fr  samedi 12 décembre