Archives mensuelles : novembre 2015

L’art de se tirer une balle dans le pied.

Fustigeant, le « laxisme » intolérable des autorités en place Sarkozy déclarait que « l’un des individus avait été condamné huit fois. Huit fois et pas un seul jour en prison! »Effectivement l’un des terroristes, Ismaël MOSTEFAI, a été condamné huit fois pour des petits délits. c’était entre 2004 et 2010 soit la période où Sarko était ministre de l’intérieur puis Président. Bien vu le laxiste!

Vous avez dit tricolore ?

En voyant la une de Nice Matin ce jour et les drapeaux bleu-blanc-rouge aux fenêtres, nous n’avons pu nous empêcher d’avoir un sentiment de malaise, une envie irrépressible de pavoiser parce que nous sommes fier de ce symbole, mais aussi une retenue qui tient probablement autant au fait que depuis plusieurs décennies le FN tente de récupérer à son profit le drapeau tricolore, qu’à l’usage qui peut en être fait en cette période trouble où l’émotion prime souvent sur la raison. Patrick APEL MULLER résume tout cela avec talent dans l’éditorial de l’humanité de ce jour.

Dominique HENROT

L’appel aux Français à pavoiser leurs habitations vendredi, lancé par le président de la République en hommage aux victimes des tueries de Paris, suscite des sentiments mitigés. L’injonction rappelle des images des États-Unis et certains estiment qu’il n’y a qu’un pas du patriotisme au Patriot Act, qui a placé les libertés sous clef outre-Atlantique. De fait, le drapeau tricolore a souvent été brandi par ceux qui voudraient effacer le bleu et le rouge – qui incarnent l’irruption du peuple de Paris au premier rang de la scène politique à l’aube de la Révolution française – pour ne garder que le blanc, souvenir de la monarchie. Bien sûr, ses couleurs ont couvert parfois les menées haineuses du nationalisme, les conquêtes sanglantes du colonialisme, l’atroce boucherie de la Première Guerre mondiale ou les répressions de la contestation. Pour autant, ces dernières effacent-elles ces Marseillaise chantées et la bannière brandie sur les barricades des révolutions du XIXe siècle – notamment sur celles de la Commune –, les brassards des FFI, l’élan formidable du Front populaire quand les couleurs nationales mêlent leurs plis à ceux du drapeau rouge ? Ne faut-il pas plutôt répliquer avec Alexandre Dumas : « Et le drapeau, morbleu ! Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, même quand ce drapeau ne serait qu’une serviette ! » L’ambiguïté naît aujourd’hui de la rhétorique guerrière que brandit le pouvoir, d’une dérive sécuritaire qui évoque « l’ennemi intérieur » et juge secondaires les libertés, d’un culte d’une identité fermée qui oublie l’égalité, des tentations d’amalgames qui minent la fraternité.
« Vive la nation ! »
Un débat sous-tend les réactions de malaise, celui qui fait rage autour de l’idée de nation. L’extrême droite la conçoit comme un espace fermé, figé dans une histoire ancienne, défini par une référence chrétienne, lieu d’opposition et de résistance au vaste monde hostile. À droite, on n’en est pas si loin, sacralisant une notion réduite à une culture ou à des modes de vie.
Si l’idée de nation chemine au long cours, avec ses esquisses moyenâgeuses, ses premières incarnations (Jeanne d’Arc, par exemple), c’est en 1792 et 1793 qu’elle se refonde spectaculairement. Le « Vive la nation ! » proclamé à Valmy par des citoyens soldats opposés à des mercenaires affirme l’irruption de la souveraineté populaire sur un territoire et un destin. Elle témoigne qu’un nouveau contrat social s’échafaude ; elle est un projet et une communauté. Loin de rejeter l’étranger, elle trouve aussi ses sources dans la déclaration de paix au monde proclamée en 1790, dans un esprit qui destine à tous la liberté et l’émancipation. Cette république accueillante allait, grâce au droit du sol, définir les règles les plus démocratiques de l’accès de tous à la citoyenneté. L’écrivain allemand Goethe ressent immédiatement cet élan et voit « l’aube d’une nouvelle ère pour l’humanité ».
Jaurès poursuit ce sillon et promeut « la pensée ouvrière complète », qui allie « l’Internationale et la nation », non pas comme un mariage de raison mais comme l’aboutissement de l’un et de l’autre. La nation, comme la République, devient alors une ambition de démocratie et de progrès social, un partage. Elle n’est pas l’enclos privatif mais l’ouverture à l’autre. En trouve-t-on une trace dans le bréviaire libéral d’Emmanuel Macron ? Est-ce cela que les discours de François Hollande et, pire encore, de Manuel Valls ont mis en avant depuis le carnage du 13 novembre ? Poser la question, c’est y répondre.
Liberté-Égalité-Fraternité
Que les dispositifs de protection des populations soient améliorés au plus vite est une exigence. Doit-elle passer par une obsession sécuritaire qui menacera plus sûrement les libertés que le terrorisme ? Tout ce qui ampute la devise républicaine sème la division et affaiblit dans les chaos du monde. Que fait-on de l’égalité quand les discriminations persistent, les stigmatisations fleurissent, les écarts de richesse bondissent ? À droite, et cette petite musique séduit dans certains rangs socialistes, on préfère se pencher sur « l’identité », celle que meurtrirait et bafouerait l’arrivée d’étrangers, selon la glose de Marine Le Pen. Il s’agirait en quelque sorte de réagir à l’injustice par l’exclusion des plus pauvres. Quant à la fraternité, elle est réduite au plus proche, selon le catéchisme du FN, ou limitée à une fraternité d’armes dans une guerre des civilisations, elle n’est plus un horizon mais un cachot ou un mot creux.
Penser plus loin que la gâchette
La rengaine était entonnée à droite et voilà que Manuel Valls reprend le refrain de « la culture de l’excuse ». Comme si quiconque, et notamment parmi les progressistes, excusait de quelque façon que ce soit le parcours sanguinaire des tueurs de Daech ! La formule a la vocation d’un sens interdit : interdit de chercher qui furent les premiers parrains de Daech (à la CIA, notamment) ; interdit de constater que les guerres de civilisation ou les guerres au terrorisme ont semé le pire en Irak, en Libye, en Syrie ; interdit de pointer combien les injustices en France et dans le monde sont un terreau propice aux désespoirs fanatiques ; interdit de constater que l’empire américain a partout mis le feu et qu’il est temps que l’ONU prenne les affaires en main en respectant les peuples ; interdit de dire qu’il est temps que les couleurs du drapeau tricolore soient ravivées afin que tous, d’ici ou d’ailleurs, recherchent ses plis.
Excusez-moi, mais dans ces colonnes, nous essaierons toujours de penser plus loin que la gâchette ou les poses martiales.
Patrick Apel-Muller dans l’Humanité du vendredi 27 novembre 2015

SÉCURITÉ OU LIBERTÉ : FAUT-IL CHOISIR ?

Après le square Bigeard, le maire de Cannes va créer maintenant une sorte de « milice », avec des civils volontaires et bénévoles, pour assurer la sécurité à proximité des écoles de la ville. On connaissait cela à Béziers, ville gérée par le tristement célèbre Robert MENARD (proche, très, trop proche du FN) mais on n’attendait pas une telle proposition du Maire de Cannes. Certes le constat du manque de moyens de la police nationale est réel, notamment dans les circonstances actuelles. Nous savons aussi que souvent la police municipale est contrainte d’assumer pour partie des fonctions qui reviennent à la police nationale. Mais de glissement en glissement des groupes de citoyens volontaires finissent par assumer les fonctions de la police municipale. Jusqu’où ira-t-on surtout quand Hollande veut en plus armer toutes les polices municipales, changer la constitution et nous sortir une sorte de « Patriot Act » à la française. L’américanisation de la sécurité est en marche et bientôt comme aux « states » le long de la frontière mexicaine verrons-nous des miliciens armées dans leur 4×4 procéder à des arrestations d’individus qu’ils soupçonnent d’être des malfrats, des terroristes ou des immigrés clandestins. Fantasme ? Pas si sûr. L’ambiance actuelle peut conduire à tous les excès au nom de la sécurité. Restons vigilants et exigeons qu’au nom de la sécurité des citoyens on ne nous prive pas des libertés fondamentales et constitutionnelles.

Dominique HENROT

Pour un autre regard sur les évènements.

Comme des millions de français la grande émotion suscitée par les actes barbares du vendredi 13 novembre, nous a tous concernés. Cela doit nous faire réfléchir et agir car les populations du Moyen-Orient vivent ce cauchemar au quotidien depuis des années. Actuellement en Syrie, et Irak, les peuples, les civils subissent les assauts répétés de Daech. L’Irak a été démembré, ses communautés et ses confessions jetées les unes contre les autres, par une guerre, basée sur les mensonges de Busch et voulue par les Etats-Unis en 2003. C’est sur ce terreau que s’est développé Daech, l’organisation de l’Etat islamique. Des centaines, des milliers de fanatiques terroristes soutenus et aidés notamment financièrement et militairement par le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite. Ces trois pays ont des liens privilégiés avec la France qui leur vend des armes et entretient des relations diplomatiques cordiales avec eux (Fabius au G20 hier en Turquie, Hollande en Arabie Saoudite, le Quatar propriétaire -entre autre- du PSG)
Si on ajoute à cela l’attitude d’Israel envers les Palestiniens, les conditions sont réunies pour déstabiliser complètement le Moyen et le Proche Orient. La France officielle fait des guerres et prétend combattre des dictateurs: Libye, Mali, Centrafrique (1 million 600 000 morts !), Irak, Syrie…Toujours sous des prétextes humanitaires. Ce qui est un leurre.
La guerre n’a jamais rien réglé, au contraire. Saddam HUSSEIN abattu, Kadhafi exécuté pour en arriver à quoi : le chaos qui profite aux extrémistes de tous poils ! Et comme toujours dans les guerres ce sont les civils qui paient le prix fort !
Sur les corps encore chauds des victimes, la droite et l’extrême droite répandent leur idéologie nauséabonde. Quand Sarkozy veut les « baguer » lui qui a reçu personnellement Coulibaly à l’Elysée , Ciotti et Vauquiez veulent faire des « camps de concentration », des Guantanamo pour les « radicalisés ». Au prétexte de l’éventuelle participation de l’un d’eux aux attentats, Estrosi accuse en vrac tous les immigrés de ces pays. Ne parlons pas des déclarations, de Rachline, Philipot et autre Collard du Front National.
La stigmatisation, la victimisation d’une catégorie de population sont-elles de nature à régler le problème ? L’accroissement de l’effort de guerre, les opérations de « vengeance » sur la Syrie vont-ils venir à bout de Daech ? N’oublions pas le soutien de la France aux terroristes syriens et étrangers pour casser du HASSAD ! Les guerres menées contre les extrémistes depuis plus de 15 ans ont montré leur inefficacité. Il est grand temps d’en tirer les leçons. Seule la recherche de solutions négociées sous l’égide de l’ONU peut isoler le terrorisme et assécher son vivier. Commençons pas « étrangler » financièrement cette organisation, notamment en faisant pression sur les pays qui lui apportent ce type d’aide soit directement soit au travers des trafics divers.
Au plan intérieur, la situation ne peut conduire à mettre sous la table nos droits humains constitutionnels fondamentaux : le droit à la sécurité, à l’emploi, au logement, à l’éducation. Il n’y aura pas de victoire contre le terrorisme en France si, avec l’austérité, on continue de creuser les inégalités, le chômage, l’échec scolaire et les frustrations sociales.
Le meilleur rempart contre le terrorisme c’est la fin de l’austérité. L’austérité, conduite déjà sous Sarkozy, c’est aussi ce pourquoi les effectifs de Police et de Justice sont insuffisants.
Le danger est grand de voir une partie de la France se tourner vers le Front National.
Ce parti d’extrême-droite ne prône que la haine, le rejet de l’autre, et tente de désigner les musulmans et les réfugiés comme boucs émissaires. Aujourd’hui, il faut répondre au terrorisme et au chantage à la peur, répondre au piège de la division et du racisme, au piège de la stigmatisation de nos frères immigrés, de nos frères musulmans.
Notre région par son ouverture sur la Méditerranée a un rôle à jouer pour que notre pays s’engage vers des solutions de règlement pacifique des conflits. Aujourd’hui, comme dans les pires moments de son histoire, notre République a besoin que ses citoyens les plus convaincus se dressent contre les logiques de guerre et affirment leur volonté de paix pour sécuriser la vie dans notre pays.
Toutes ces questions sont en débat et les médias ne portent que les propositions les plus guerrières. Seul le PCF et le FDG font des propositions alternatives. Mais qui a pu entendre Pierre Laurent à sa sortie de l’Elysée ( P. LAURENT) ou Eliane Assaissi (Eliane ASSAISSI )au Congrès de Versailles lundi ?

Dominique HENROT

Défendre les valeurs républicaines, pour faire vivre la démocratie.

Après les terribles attentats de Paris, notre pays traverse un moment difficile de son histoire. Nos pensées continuent de se tourner vers les victimes, leurs proches, les témoins, et tous ceux dont la vie a été menacée. Leur deuil est aussi le nôtre.

Nous voulons aussi rendre hommage à l’action des forces de l’ordre, des secours, des urgentistes, des personnels de santé et des agents des services publics.
Les terroristes attaquent la démocratie, les fondements de notre République. Ils attaquent aussi des lieux qui représentent le métissage et le brassage social. Mais nous resterons debout.

La démocratie ne doit pas reculer face au terrorisme. Nous avons, nous candidats aux élections régionales, la mission de la faire vivre. Nous avons suspendu la campagne le soir même des événements. Nous la reprenons dans la dignité, en transformant nos réunions en espaces de paroles aux citoyens.

Face à la menace terroriste, la réponse est d’abord de défendre et de mieux protéger nos concitoyens, ce qui nécessite plus de moyens de l’Etat pour lutter contre les réseaux terroristes, plus de moyens pour les services de renseignements, plus de moyens pour la police et la justice. Cela doit être fait dans le respect rigoureux des libertés démocratiques et des droits humains fondamentaux.

La réponse est aussi de lutter contre l’obscurantisme, l’ignorance et les inégalités, en refusant les amalgames, qui font des religions des prétextes de division. La lutte contre le terrorisme passera aussi par les esprits, pour émanciper notre jeunesse et combattre à la source les dérives sectaires et mortifères. C’est pourquoi il nous faut plus de culture, de science, d’éducation, de laïcité.

La réponse est aussi internationale et géopolitique. Toutes les actions doivent être menées dans le respect du droit international, avec l’objectif de construire la paix. Au-delà des opérations militaires, il faut s’attacher à remédier aux grands dérèglements du monde, à ses inégalités et à ses injustices. La COP21, Conférence Climat qui se tient du 30 novembre au 11 décembre, est aussi un moment décisif, un enjeu de paix. Les périls terroristes et climatiques sont liés, à travers la dépendance au pétrole, ressource financière de l’organisation Daech.

Notre état d’esprit doit être celui de résister face à tous les totalitarismes, face à toutes les haines. C’est en continuant le débat démocratique, sur tous ces enjeux, que nous tiendrons bon, fraternels et libres.

Sophie CAMARD et Jean-Marc COPPOLA
Co-têtes de liste de la Région Coopérative