REFORME DU COLLÈGE

Encore des irresponsables !

Au lendemain de la grève des enseignants, le gouvernement choisi de publier au Journal Officiel les décrets et arrêtés concernant la réforme du collège. Cette publication est ressentie par les personnels de l’éducation nationale comme une véritable provocation, comme une marque de profond mépris et discrédite totalement la Ministre chez les enseignants. Bien que la ministre ait prétendu avoir entendu les organisations syndicales, et que sa porte soit toujours ouverte, les syndicats de la FSU, SNES et SNEP, très majoritaires n’ont été reçus depuis septembre 2014 qu’une fois pour le SNES et jamais pour le SNEP. C’est beau la négociation avec le gouvernement Valls! Bien sûr, il est plus facile d’ouvrir sa porte aux syndicats « béni oui-oui », la CFDT et l’UNSA dont les projets éducatifs sont très proches celui du PS, mais qui sont minoritaires à l’éducation et particulièrement dans les collèges; alors l’intersyndicale représente plus de 80% des voix aux dernières élections professionnelles.

L’égo des ministres.
Depuis des décennies chaque nouveau ministre de l’éducation nationale a voulu jouer les Jules FERRY et essayer de laisser son nom dans l’histoire au travers d’une réforme. Madame BELKACEM est fidèle à cette tradition et comme ses prédécesseurs elle s’y prend de la plus mauvaise de manière. Croire qu’on peut réformer le système éducatif et faire l’impasse sur un véritable débat avec les professionnels est voué à l’échec. De plus prétendre que ces derniers n’y ont rien compris, c’est les mépriser et ajouter qu’on va les former pour qu’ils comprennent mieux alors qu’on ajoute pas un kopeck au budget c’est vraiment les prendre pour des abrutis.

Ces « benêts » de profs.
Les ministres de l’éducation nationale les uns après les autres, croient toujours que les enseignants ne se posent pas de questions et appliquent bêtement les programmes pondus par les « crânes d’œuf » du ministère. La réalité est toute autre : ces gens-là confrontés au jour le jour aux difficultés d’apprentissage de leurs élèves n’ont de cesse de trouver des solutions , que souvent ils partagent avec leurs collèges afin d’exercer leur métier dans de meilleurs conditions et pour le meilleur profit de leurs élèves.
Donner plus d’autonomie aux établissements c’est seulement donner plus de pouvoir aux chefs d’établissements dont la formation et le recrutement managérial aujourd’hui s’éloigne de plus en plus des réalités pédagogiques quotidiennes. De plus cela met en place une concurrence entre les établissements et posera des problèmes aux élèves amenés à changer d’établissements.

Réformer avec des moyens ?
Enfin, réformer à moyens constants, c’est comme pour les ZEP: on est obligés de fermer, de supprimer quelque part. L’argumentation de l’équité est irrecevable : les classes européennes, comme celle à deux langues dès la sixième permettait le maintien de certaines langues vivantes en net recul depuis que l’anglais s’est généralisé dans le primaire (qui va choisir de l’allemand ou de l’italien en première langue en sixième quand dans le premier degré il n’y a quasiment que de l’anglais ?).

Hurler avec les loups ?
La droite se saisi de cette réforme pour attaquer le gouvernement avec une rare violence oubliant ses propres responsabilités dans l’échec du collège à faire réussir tous les élèves (suppression massive de postes conduisant à des effectifs pléthoriques, programmes incohérents, orientation bradée, etc..). Sarkozy et la princesse de Clèves, Fréderic LEFREVRE, le passionné de Zadig et Voltaire et Bayrou lui-même qui fait semblant d’oublier le million de manifestants qu’il a réussi à mettre dans la rue le 24 janvier 1994, n’ont de leçons à donner à personne. Mais les enseignants qui sont descendus dans la rue le 19 et ne manqueront pas d’y retourner sous peu, ne sont pas sur le même registre : ils défendent, eux, le service public qui en a bien besoin.
Dominique HENROT