Archives mensuelles : mai 2015

Autonomie : revenir à la réalité des besoins

Beaucoup de nos lecteurs avaient pu apprécier nos propositions sur ces questions tant lors de la campagne électorale des municipales que lors de celle des départementales. La publication d’une double page récente dans Nice Matin faisant la part belle à l’action de la droite départementale et des réseaux privés d’EPHAD méritait une petite mise au point des élus FDG au conseil départemental, hélas trop peu nombreux.  Dominique HENROT

La récente publication d’une étude sur l’accueil des personnes âgées en établissement semble pour certains l’occasion de découvrir une situation dans les Alpes-Maritimes qui n’est pas nouvelle et que les élus communistes du Département n’ont cessé de dénoncer depuis de longues années : Le fossé grandissant entre les ressources d’une population départementale des plus de 60 ans aux revenus modérés (revenu médian autour de 1250 € par mois) et des frais de séjour de plus en plus onéreux avec des tarifs prohibitifs. Des frais qui ne représentent qui plus est qu’une partie des dépenses.
Une situation qui n’est pas sans rapport avec l’exception que constitue notre département où le secteur privé à but lucratif représente 59 % de l’équipement collectif départemental en nombre d’établissements quand au plan national, la représentation moyenne du secteur privé n’est que de 23 %. Une particularité qui entraîne des « reste à charge » insupportables pour les familles, les tarifs mensuels moyens pratiqués par les établissements privés se situant bien au-delà du revenu moyen évoqué plus haut et des montants indiqués dans la double page consacrée à ce sujet dans le quotidien Nice-Matin. Toutes les familles confrontées à ce problème le savent très bien.
C’est notamment pour cette raison que les élus communistes avaient émis un vote défavorable lors de la présentation du Schéma Gérontologique départemental en 2011, comme en 2005, car la mesure imposant au secteur privé une obligation de réserver 20 % d’abord et 25% depuis 2011de leur capacité totale à des lits habilités à l’aide sociale n’a manifestement pas modifiée cette répartition. Les chiffres présentés en octobre 2011 lors du débat sur le Schéma Gérontologique départemental le montraient, contrairement aux affirmations pour le moins contestables avancées par la Président du Syndicat des établissements privés dans cet article, car les lits habilités à l’aide sociale dans le secteur privé ne représentent que 9,4 % du total, bien loin donc des 50 % avancés.

C’est donc bien la création d’établissements publics qui seule peut permettre un rééquilibrage de la capacité d’accueil afin d’offrir des tarifs d’hébergement plus en rapport avec la réalité des revenus des plus de 60 ans dans notre département.

Un autre grand sujet est le manque de moyens dont souffrent les EPHAD, notamment publics, qui renvoie à la question d’un tarif dépendance ne prenant pas en compte la réalité humaine et sanitaire. Une situation aggravée par la diminution de la part soins par l’Agence Régionale de Santé et les problèmes soulevés par l’incidence du dispositif de convergence tarifaire et autres dispositifs d’ »harmonisation ». Conséquences directes de la loi “Hôpital, Patients, Santé, Territoires” (HPST) mise en place sous Sarkozy et que le gouvernement actuel s’est hélas bien gardé de remettre en cause. S’ajoute à cela le règlement financier du Conseil Départemental mis en place en 2011 obligeant les établissements d’accueil à faire l’avance pour le Conseil Départemental des sommes dues au titre des frais d’hébergement dans le cadre de l’aide sociale, transformant de facto les EPHAD en banquiers du Conseil Départemental.
Nous persistons à dire, dans la continuité de ce qu’a toujours été notre action, qu’une question aussi essentielle que la promotion de l’autonomie et la prise en charge de la dépendance relève en premier lieu de la solidarité nationale. Mais que pour répondre à cet enjeu, il faut sortir d’une logique purement comptable, tant au niveau de l’État que du Département, pour mettre en œuvre une politique publique ambitieuse qui se donne les moyens à long terme d’une prise en charge de qualité permettant à nos aînés de poursuivre leur vie dans la dignité et le respect.
Car même en ripolinant « l’or gris » en « Silver Économie », c’est toujours d’argent que l’on parle et non pas du droit à l’autonomie pour une fin de vie digne.

Valérie TOMASINI – Francis TUJAGUE
Conseillers Départementaux Front de Gauche des Alpes-Maritimes

REFORME DU COLLÈGE

Encore des irresponsables !

Au lendemain de la grève des enseignants, le gouvernement choisi de publier au Journal Officiel les décrets et arrêtés concernant la réforme du collège. Cette publication est ressentie par les personnels de l’éducation nationale comme une véritable provocation, comme une marque de profond mépris et discrédite totalement la Ministre chez les enseignants. Bien que la ministre ait prétendu avoir entendu les organisations syndicales, et que sa porte soit toujours ouverte, les syndicats de la FSU, SNES et SNEP, très majoritaires n’ont été reçus depuis septembre 2014 qu’une fois pour le SNES et jamais pour le SNEP. C’est beau la négociation avec le gouvernement Valls! Bien sûr, il est plus facile d’ouvrir sa porte aux syndicats « béni oui-oui », la CFDT et l’UNSA dont les projets éducatifs sont très proches celui du PS, mais qui sont minoritaires à l’éducation et particulièrement dans les collèges; alors l’intersyndicale représente plus de 80% des voix aux dernières élections professionnelles.

L’égo des ministres.
Depuis des décennies chaque nouveau ministre de l’éducation nationale a voulu jouer les Jules FERRY et essayer de laisser son nom dans l’histoire au travers d’une réforme. Madame BELKACEM est fidèle à cette tradition et comme ses prédécesseurs elle s’y prend de la plus mauvaise de manière. Croire qu’on peut réformer le système éducatif et faire l’impasse sur un véritable débat avec les professionnels est voué à l’échec. De plus prétendre que ces derniers n’y ont rien compris, c’est les mépriser et ajouter qu’on va les former pour qu’ils comprennent mieux alors qu’on ajoute pas un kopeck au budget c’est vraiment les prendre pour des abrutis.

Ces « benêts » de profs.
Les ministres de l’éducation nationale les uns après les autres, croient toujours que les enseignants ne se posent pas de questions et appliquent bêtement les programmes pondus par les « crânes d’œuf » du ministère. La réalité est toute autre : ces gens-là confrontés au jour le jour aux difficultés d’apprentissage de leurs élèves n’ont de cesse de trouver des solutions , que souvent ils partagent avec leurs collèges afin d’exercer leur métier dans de meilleurs conditions et pour le meilleur profit de leurs élèves.
Donner plus d’autonomie aux établissements c’est seulement donner plus de pouvoir aux chefs d’établissements dont la formation et le recrutement managérial aujourd’hui s’éloigne de plus en plus des réalités pédagogiques quotidiennes. De plus cela met en place une concurrence entre les établissements et posera des problèmes aux élèves amenés à changer d’établissements.

Réformer avec des moyens ?
Enfin, réformer à moyens constants, c’est comme pour les ZEP: on est obligés de fermer, de supprimer quelque part. L’argumentation de l’équité est irrecevable : les classes européennes, comme celle à deux langues dès la sixième permettait le maintien de certaines langues vivantes en net recul depuis que l’anglais s’est généralisé dans le primaire (qui va choisir de l’allemand ou de l’italien en première langue en sixième quand dans le premier degré il n’y a quasiment que de l’anglais ?).

Hurler avec les loups ?
La droite se saisi de cette réforme pour attaquer le gouvernement avec une rare violence oubliant ses propres responsabilités dans l’échec du collège à faire réussir tous les élèves (suppression massive de postes conduisant à des effectifs pléthoriques, programmes incohérents, orientation bradée, etc..). Sarkozy et la princesse de Clèves, Fréderic LEFREVRE, le passionné de Zadig et Voltaire et Bayrou lui-même qui fait semblant d’oublier le million de manifestants qu’il a réussi à mettre dans la rue le 24 janvier 1994, n’ont de leçons à donner à personne. Mais les enseignants qui sont descendus dans la rue le 19 et ne manqueront pas d’y retourner sous peu, ne sont pas sur le même registre : ils défendent, eux, le service public qui en a bien besoin.
Dominique HENROT

Devoirs de mémoire ou petits arrangements avec la vérité ?

 

Voilà, le Président Hollande qui compare le discours de Marine Le Pen a un tract du PCF des années 70 comme si l’Internationalisme permanent du PCF était de même nature que le nationalisme identitaire, xénophobe et raciste du Front National
Voilà, encore le même, qui prétendant ne pas vouloir cautionner Poutine boude le 70 ème anniversaire du 9 mai 1945 à Moscou faisant passer à la trappe les 25 millions de morts que la seconde guerre mondiale a couté au peuple soviétique.
Voilà, toujours le même, représentant de commerce pour le compte du MEDEF dans les monarchies du Golfe, haut lieux de la démocratie s’il en est, finançant toutes sortes de mouvements terroristes, tristement célèbres dans les dernières décennies. Le même Président regardant ailleurs quand on décapite à tour de bras les uns, flagelle les autres ou lapide les femmes.
Voilà enfin le même Président, qui se rendant à Cuba, ce pays assiégé depuis 50 ans par les « démocraties occidentales » USA en tête, et alors que la presse bien-pensante, ignorant ce qu’est Guantanamo, voulait qu’il mette au débat la question des droits de l’homme, n’est plus motivé que par son entretien et la photo médiatique avec Fidel Castro pour sa postérité et ses sondages.

Plus près de nous, voilà le Maire de Cannes saisi de mémoire sélective lui aussi.
Le voilà qui fait voter le conseil municipal à l’unanimité (sur la demande de qui?) la mise en place d’une plaque pour commémorer le général Bigeard au jardin voisin du monument aux morts. Le Maire de Cannes « assume » ne retenant de cet illustre militaire que ses faits de Résistance, et oubliant opportunément les exactions d’Algérie, d’Indochine, la « gégène » et les tristement célèbres « crevettes Bigeard » exportées avec succès chez les militaires fachos d’Amérique du Sud.
Voilà encore, le même, qui dépose des gerbes le 8 mai aux couleurs des drapeaux des troupes alliées libératrices de la France à l’exception de l’URSS (mais le Président de la république est dans le même état d’esprit alors pourquoi se gêner). Certes, l’URSS n’existe plus aujourd’hui et on ne savait pas quel drapeau utiliser: argument peu convaincant.
Voilà enfin, le même, niant l’implication remarquable de la CGT dans la création du festival de Cannes et craignant probablement des « troubles à l’ordre publics » pendant le festival, qui refuse à la CGT, un espace d’exposition et d’animation, au marché Forville, pour marquer le 120 ème anniversaire de la plus importante centrale syndicale de notre pays. Bonne fille, la ville de Cannes propose donc à la CGT d’aller se faire voir au stade des Muriers, au boulodrome Troncy ou encore à saint Cassien et pourquoi pas au sommet du Gelas ou au fond de la clue de Saint Auban tant qu’on y est. Défense de rire!

Chacun s’arrange avec les faits historiques, les récupère à sa façon avec un tant soit peu de malhonnêteté intellectuelle qu’on pensait réservée aux Le Pen et au FN.
Nous vivons une époque formidable. Il est encore temps de prendre au mot Stéphane Hessel « Indignez-vous »; indignons-nous!!
Dominique HENROT

PETITE HISTOIRE DU FESTIVAL DE CANNES.

 

Enfant tardif du Front populaire, le premier Festival de Cannes aurait normalement dû avoir lieu en 1939.
Ébauchépar le gouvernement de Léon Blum pour faire suite aux succès du cinéma lors de l’Exposition internationale de 1937, son but était aussi et (peut-être surtout) de concurrencer le Festival de Venise régenté par le pouvoir fasciste.
En 1938 en effet, la délégation française à Venise n’apprécia guère de voir La grande illusion, le chef-d’œuvre pacifiste de Jean Renoir -qui passait alors pour « le » cinéaste du Front populaire- être interdit de récompense suprême, après intervention personnelle de Mussolini[1]. Le Festival de Venise préféra alors réserver une partie de ses honneurs à la cinéaste nazie Léni Riefenstahl. Le 1er septembre 1939 aurait ainsi pu être le jour anniversaire de la naissance du Festival de Cannes. La guerre en décida autrement.
A la Libération, le gouvernement provisoire du général De Gaulle reprit à son tour l’idée d’un festival international du film.
Si la décision de relancer un festival du film à Cannes fut prise en 1945 la première édition n’eut lieu qu’en septembre 1946, dans des conditions précaires. D’une partie des notables cannois jusqu’aux majors américaines, en passant par certains ministères, la création d’un festival international du film n’apparaissait pas comme une priorité. L’industrie cinématographique américaine, craignant pour ses intérêts, estimait qu’un seul festival en Europe (en Italie) suffisait. Dans une France en partie ravagée par la guerre, alors que tout était à reconstruire, certains hommes politiques, épaulé par une partie de la presse, pensait qu’il y avait mieux à faire.
Néanmoins à l’heure où le redressement de la France se devait aussi d’être moral, à l’heure également où il était à nouveau question du rayonnement culturel de la nation, et alors que pointait déjà la question de la survie ou du développement de ses industries, une large partie de l’opinion politique et syndicale désirait au contraire la création d’un festival.
La CGT et le PCF prirent toute leur place dans cette bataille. Il est vrai que ces deux organisations disposaient alors d’un poids certain, tant au niveau local que national.
Les députés communistes de Cannes et de Nice, Henri Pourtalet et Virgile Barel, firent ainsi du « lobbying » pour que le festival ait bien lieu à Cannes, et non à Monaco ou à Strasbourg comme il le fut un moment envisagé. Plus d’une fois ils interpellèrent les ministères sollicitant ardemment autorisations, prêts, crédits et matériels.
Le rôle de la municipalité cannoise, à majorité communiste, fut aussi primordial. La mairie était alors dirigée par un « médecin des pauvres », le docteur Picaud, ancien résistant et homme de gauche, socialiste et président de l’association France-URSS. Le docteur Picaud entendait faire du festival une grande fête populaire : carnaval sur le thème de la Paix, meeting aérien sous le patronage du ministre communiste Charles Tillon, tournoi de foot avec l’équipe du Dynamo de Moscou… Il sut convaincre la population laborieuse de la cité de s’associer pleinement au projet.
La présence cette année à Cannes de l’exposition de l’Institut CGT d’histoire sociale et du Département de la Seine-Saint-Denis, «Accords-raccords-désaccords. Syndicalisme et cinéma» obtenue grâce à une sollicitation de la Fédération nationale du spectacle auprès de la direction du Festival, permet ainsi de rappeler une histoire généralement occultée. Espérons qu’elle pourra contribuer, même de manière modeste, à sauver en partie le Septième Art des « eaux glacées du calcul égoïste ».

Tangui Perron Cahiers de l’institut CGT d’histoire sociale